Un complément mal compris, souvent mal choisi
Dans les communautés d'alimentation naturelle canine, le CMV est tantôt présenté comme la solution qui équilibre tout, tantôt comme un artifice inutile pour les rations bien construites. Ces deux positions sont fausses, et elles révèlent une méconnaissance de ce que le CMV fait réellement, et de ce qu'il ne fait pas.
Comprendre le rôle d'un CMV, c'est comprendre une des lacunes structurelles les plus fréquentes des rations maison, et savoir y répondre de façon précise plutôt qu'approximative.
Ce qu'est un CMV
Un CMV, Complément Minéral et Vitaminé, est un mélange formulé de minéraux, d'oligo-éléments et de vitamines. Son objectif est de combler les écarts entre ce que les ingrédients bruts d'une ration apportent et ce que les recommandations du NRC ou de la FEDIAF définissent comme nécessaire pour couvrir les besoins du chien.
Il ne fournit pas de protéines, de lipides ni d'énergie en quantité significative. Ce n'est pas un aliment : c'est un outil de correction nutritionnelle ciblé sur les micronutriments. Il n'a de sens que dans le contexte d'une ration dont les macronutriments sont déjà correctement calibrés.
Pourquoi les ingrédients bruts ne suffisent pas
C'est le point le plus souvent sous-estimé, et c'est aussi celui sur lequel la littérature scientifique est la plus abondante.
L'étude de référence sur le sujet reste celle de Dillitzer, Becker et Kienzle, publiée en 2011 dans le British Journal of Nutrition. Les auteures ont analysé la composition de 95 rations ménagères et BARF réellement données par des propriétaires de chiens en Allemagne, en comparant les apports calculés aux allocations recommandées. Les résultats sont précis : 10 % des rations apportaient moins de 25 % du calcium recommandé, avec dans ces cas un rapport calcium/phosphore inférieur à 0,6:1. La vitamine D était insuffisante dans ces mêmes rations. Environ la moitié des rations analysées apportait moins d'iode que le minimum requis. Le zinc et le cuivre étaient souvent sous les apports recommandés, et un quart des rations ne couvrait que 70 % ou moins des besoins en vitamine A. Au total, 60 % des rations présentaient au moins un déséquilibre documenté. (Niveau de certitude : élevé, étude publiée avec méthodologie détaillée sur un échantillon réel.)
Cette observation n'est pas isolée. Aux États-Unis, Stockman, Fascetti, Kass et Larsen ont évalué en 2013, dans le Journal of the American Veterinary Medical Association, 200 recettes de rations ménagères publiées dans des ouvrages vétérinaires, des livres destinés au grand public et des sites internet. 95 % de ces recettes présentaient au moins un nutriment essentiel sous les seuils NRC ou AAFCO, et 83,5 % cumulaient plusieurs déficits simultanés. Le fait que plus de la moitié des recettes évaluées aient été rédigées par des vétérinaires n'a pas empêché ce constat. (Niveau de certitude : élevé.)
Une étude brésilienne plus récente, celle de Pedrinelli et ses collègues publiée en 2019 dans Scientific Reports, a analysé en laboratoire, et non par simple calcul, 75 rations ménagères pour chiens. Aucune des rations ne couvrait l'ensemble des recommandations NRC et FEDIAF pour tous les nutriments testés, et plus de 84 % présentaient au moins trois nutriments en dessous des recommandations. Le calcium et le potassium étaient les nutriments les plus fréquemment déficitaires. (Niveau de certitude : élevé, mesures de laboratoire et non estimation logicielle.)
Ces trois études, menées dans des pays différents avec des méthodologies différentes, convergent vers la même conclusion : les déficits en micronutriments ne sont pas des exceptions, ils sont la norme statistique dans les rations maison non supplémentées.
Sur le plan physiologique, plusieurs mécanismes expliquent ces déficits récurrents. La vitamine D est quasi absente des viandes terrestres, à l'exception notable du foie de poisson, et la capacité de synthèse cutanée du chien n'est pas considérée comme une source fiable pour couvrir ses besoins. L'iode est pratiquement inexistant dans les viandes terrestres en dehors de sources marines ou d'une supplémentation spécifique. Le zinc est présent dans de nombreuses viandes et abats, mais sa biodisponibilité varie selon les sources et peut être réduite par les phytates de certains glucides végétaux. Le rapport calcium/phosphore d'une ration sans os correctement dosés est presque systématiquement déséquilibré, les viandes étant naturellement riches en phosphore et pauvres en calcium.
Les critères pour évaluer un CMV
Tous les CMV disponibles sur le marché ne se valent pas, et tous ne sont pas adaptés à tous les profils de rations.
Le rapport calcium/phosphore du CMV est le premier critère d'évaluation. Le NRC situe la plage recommandée entre 1:1 et 2:1 chez le chien adulte en bonne santé, la plupart des praticiens visant plus précisément une zone proche de 1,2:1 à 1,4:1. Les rations à base de viandes terrestres étant naturellement riches en phosphore, un CMV avec un rapport Ca:P élevé est généralement plus adapté pour rééquilibrer ce ratio sans surdoser le phosphore total apporté par la viande. Un CMV au rapport Ca:P trop bas oblige à utiliser des doses plus importantes pour atteindre le calcium requis, ce qui peut simultanément faire monter le phosphore total au-delà des valeurs souhaitées. (Niveau de certitude : élevé pour la plage NRC, modéré pour la valeur cible précise recommandée en pratique, qui varie selon les auteurs.)
La forme chimique des minéraux influence leur biodisponibilité. Chez plusieurs espèces, notamment la volaille et les ruminants, les minéraux liés à des acides aminés, comme le zinc bisglycinate, sont documentés comme mieux absorbés que leurs équivalents sous forme de sulfates ou d'oxydes, en partie parce qu'ils échappent davantage aux interactions avec le phytate et d'autres minéraux dans le tube digestif. Les données publiées portant spécifiquement sur le chien restent en revanche limitées. (Niveau de certitude : élevé chez la volaille et les ruminants, faible à modéré par extrapolation chez le chien, faute d'études spécifiques suffisamment nombreuses.)
La présence ou l'absence d'EPA et de DHA préformés est un point de différenciation important. Les rations maison à dominante carnée terrestre sont presque toujours pauvres en oméga-3 à longue chaîne, ces acides gras étant concentrés dans les tissus des poissons gras et non dans les viandes terrestres usuelles. Un CMV qui intègre de l'EPA et du DHA permet de couvrir ce besoin sans supplémentation séparée. En leur absence, une source distincte, huile de poisson ou huile d'algues de qualité contrôlée, reste nécessaire. (Niveau de certitude : élevé sur la rareté de l'EPA/DHA dans les viandes terrestres.)
Le dosage en grammes plutôt qu'en volume est un critère de précision pratique. Un dosage volumétrique introduit une marge d'erreur liée à la densité et à la granulométrie du produit, alors qu'un dosage en grammes, à la balance de cuisine, garantit une reproductibilité d'un lot à l'autre.
La présence de protéines animales dans certains CMV peut le rendre inutilisable dans le cadre d'un protocole d'éviction alimentaire destiné à identifier une intolérance, où toute source protéique doit être strictement contrôlée.
Enfin, la teneur globale en minéraux doit être adaptée au profil physiologique du chien. Un CMV conçu pour l'adulte en bonne santé ne convient pas nécessairement à un chien senior, à un chien en insuffisance rénale chronique nécessitant une restriction en phosphore, ou à un chiot en croissance dont les besoins diffèrent significativement, notamment pour le calcium dont l'excès chez le chiot de grande race a été associé à des troubles du développement squelettique par Hazewinkel et ses collègues dès 1991 dans le Journal of the American Animal Hospital Association. (Niveau de certitude : élevé sur le risque d'excès calcique chez le chiot de grande race.)
Ce qu'un CMV ne remplace pas
Un CMV ne remplace pas une formulation rigoureuse de la ration dans son ensemble. Il en est un composant, pas un raccourci vers l'équilibre.
Ajouter un CMV à une ration dont les proportions de base sont incorrectes, excès de phosphore, déficit en lipides, déséquilibre protéido-calorique, ne corrige pas ces problèmes. Le CMV agit sur les micronutriments. Il ne rééquilibre pas les macronutriments, ne corrige pas un rapport oméga-6/oméga-3 déséquilibré si le CMV ne contient pas d'EPA ni de DHA, et ne compense pas une densité énergétique inadaptée.
Un CMV ne remplace pas non plus une source de fibres si le profil digestif du chien en nécessite, ni une source d'antioxydants si la ration est pauvre en végétaux adaptés.
La ration maison bien construite est un système cohérent. Le CMV en est un élément essentiel pour couvrir les micronutriments difficiles à atteindre par les seuls ingrédients alimentaires, mais il ne fonctionne correctement que si les autres paramètres de la ration sont eux aussi correctement calibrés.
Ce que ça veut dire chez Snout
Dans les consultations que je mène à ce jour, le choix du CMV est systématiquement discuté et argumenté en fonction du profil du chien, des ingrédients utilisés dans la ration, du statut physiologique de l'animal et des objectifs nutritionnels poursuivis.
Il n'existe pas de meilleur CMV universel. Il existe des CMV adaptés à des profils et des rations spécifiques, et des CMV inadaptés à certains contextes, même s'ils sont populaires dans les communautés en ligne. C'est cette logique d'adéquation, et non de marque ou de tendance, qui guide les recommandations chez Snout.
Sources mobilisées dans cet article
Dillitzer N., Becker N., Kienzle E. (2011), « Intake of minerals, trace elements and vitamins in bone and raw food rations in adult dogs », British Journal of Nutrition, 106(S1), S53 à S56.
Stockman J., Fascetti A.J., Kass P.H., Larsen J.A. (2013), « Evaluation of recipes of home-prepared maintenance diets for dogs », Journal of the American Veterinary Medical Association, 242(11), 1500 à 1505.
Pedrinelli V. et al. (2019), « Concentrations of macronutrients, minerals and heavy metals in home-prepared diets for adult dogs and cats », Scientific Reports, 9(1), 1 à 12.
Hazewinkel H.A.W. et al. (1991), « Influences of chronic calcium excess on the skeletal development of growing Great Danes », Journal of the American Animal Hospital Association.
National Research Council (2006), « Nutrient Requirements of Dogs and Cats », National Academy of Sciences, Washington D.C.
FEDIAF, Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food, édition en vigueur (fediaf.org).
Fascetti A.J., Delaney S.J. (2012), « Applied Veterinary Clinical Nutrition », Wiley-Blackwell.
Par Loriane P., Fondatrice de Snout Center